Mon masochisme narcissique (par Michèle Baly)

«Je suis la plaie et le couteau!
Je suis le soufflet et la joue,
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau!»
L’héautontimorouménos, Charles Baudelaire

.

Bon… l’emploi du terme «masochisme» pour intituler cet essai est peut-être un peu exagéré… mais ce que je voulais coucher sur papier comme le patient se couche sur le divan du psychanalyste, c’est ce souvenir de m’être naguère délectée de mes gales, du sang coagulé sur mes coudes ou genoux, trophées d’accidents de bicyclette… Je les arrachais scrupuleusement avec mes ongles, et m’empressais de mastiquer ces croustillantes galettes avant que ma mère ne m’en empêche. Ensuite, je buvais l’hémoglobine qui perlait à la surface de ma chair.

C’était le bonheur!

Je me rappelle également du plaisir éprouvé, lorsque je perdais une dent, à sucer le sang de l’orifice ainsi apparu dans mes gencives. Je me régalais tellement de cette sapidité sanguine que j’en venais même à souhaiter devenir vampire.

Encore aujourd’hui, quand j’admire le rouge presque fluorescent des plaies causées par une nouvelle paire de chaussures, ce rouge flamboyant sur la peau blanche, lisse et mince de mon pied, je trouve alors que je suis toujours plus belle lorsque je suis blessée. Fascinée, j’observe fréquemment ma lésion souhaitant presque qu’elle demeure à jamais. Ne dit-on pas qu’il faut «souffrir pour être belle»? Je ne parle pas ici de mysophilie, cet attrait sexuel pathologique pour la difformité physique, mais simplement de légères cicatrices qui soulignent la fragilité de mon être.

J’entends d’ici vos interjections horrifiées. Mais dites-moi alors pourquoi nous enduisons-nous, les femmes, les lèvres de rouge si ce n’est pour évoquer soit que notre bouche saigne, soit que nous venons de mordre. Ainsi donc, la sensualité passe par le sang. Les caractères sanguins me donneront certainement raison.

Qui oserait nier que tous ces peintres qui préféraient les rousses, tel Botticelli, se trouvaient séduits, voire hypnotisés par ces veines que l’on pouvait deviner à travers la transparence de leur épiderme?

Je vous l’assure, il n’y a pas meilleur vin que le sang.

D’ailleurs, existe-t-il dans le monde fantastique, un monstre plus sensuel que l’incube? Je serais même portée à croire que si on a longtemps pratiqué les saignées, c’était d’abord par fascination.

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