Mens sana in corpore sano (par Michèle Baly)

Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie:
«N’importe où! n’importe où! pourvu que ce soit hors de ce monde!»
Charles BAUDELAIRE

.

Il y a, quelque part à l’intérieur de mon corps, mon âme, qui a envie de hurler, de tonitruer,vociférer, comme un criard d’Edward Munch, comme un Pan écorché vif, jusqu’à en crever les tympans de cette carcasse débile, organisme grotesque, méprisable qui transpire, souffre, pue, défèque, vieillit comme un imbécile d’appareil désuet!

Mon âme? Comment puis-je croire en l’âme, moi qui suis athée? Ma personnalité? N’est-elle pas créée pas mon cerveau, lui-même organique?  Qu’est-ce donc que cette force qui voudrait s’égosiller, jeter ma charogne aux ordures pour se substituer à elle, pauvre outil lacunaire? Mon esprit? Ma pensée? Mon «mens»?

Si seulement cette pulsion pouvait s’exprimer plus efficacement que par un simple regard insipide, un sourire médiocre ou une fade grimace, Alors je serais multicolore, grande quand je me sentirais grande, petite quand j’en aurais envie, grosse, mince, athlétique, selon ma lubie du moment. Hétéroclite, à l’instar d’une Aphrodite concrétisée. Chaque mouvement, aussi infinitésimal soit-il, engendrerait des ondes de couleurs sur mon ego épanoui. Alors je connaîtrais l’amplitude.

Malgré toute ma volonté, lorsque je me retrouve devant le miroir, ce stupide reflet du jouet charnel dont je dispose demeure-t-il redondant, réactionnaire et monotone. Pire encore, il s’use! Non satisfait de se montrer restreint aux points de vue de la grandeur, de la teinte et des traits, il se dégrade en plus. De moins en moins utilisable, de plus en plus borné, il m’oblige à m’en accommoder, ne me laissant aucune liberté artistique de le modifier à ma guise afin d’être plus limpide, de le tordre comme un bonzaï angoissé, l’étirer comme un squelette géant. Qu’on puisse voir sa structure un jour, son enveloppe le lendemain, son essence la semaine suivante, selon mes besoins, mes désirs.

Hélas!  Que j’eusse été une contorsionniste à la beauté flamboyante m’aurait certes avancé un peu, mais pas encore satisfaite. Ce qu’il me faudrait, c’est un corps modelable, que je pourrais rendre soit cubique, soit surréaliste, soit fauviste, soit naïf, soit classique, mais le plus souvent expressionniste, afin que mes états d’âmes deviennent sans aucune équivoque, afin que mon corps lui-même se mue en un cri, un hurlement interminable qui exprime sa révolte contre la vie, l’injustice, la cruauté, l’absurdité, l’humiliation, l’impuissance et la mort.

Et si, trépassant, je réalisais que j’ai réellement une âme? Que j’ai eu tort d’être athée? Ah! Vous croyez que j’en serais réjouie? Que nenni! Plus terne, plus morne encore je serais! Quoi! Moi! Errer ad vitam aeternam dans les limbes ennuyeuses? Et sans pouvoir me divertir en goûtant, sentant, ressentant et jouissant? Âme sous-douée, impotente, insignifiante âme dérisoire et risible!

Ça non, je ne pourrais le supporter. Je préférerais me réincarner. Et lorsque je renaîtrais, devinez quelle serait la première chose que je ferais?

Je tonitruerais!

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