De la prétention (par Michèle Baly)

Suite à mes nombreuses lectures, j’en suis parvenue à cette judicieuse déduction: l’humilité fait partie intégrante des vertus les plus louangées, encensées, prônées, adulées, glorifiées, honorées, applaudies et complimentées pas les moralistes. Toutefois, il m’importe d’ajouter un bémol à ce discours qui, privé de cette nuance, ne saurait être précis. Pour être juste, donc, il s’avère impératif de souligner le fait indubitable que quiconque se targuerait de modestie ferait preuve d’une prétention hautement réprimandable. Ainsi, il est fort déconseillé, lorsqu’on dépose sa candidature afin d’obtenir une occupation rémunérée et que l’on se trouve interrogé au sujet de ses points forts, d’énumérer ceux-ci pour ensuite conclure en déclarant:

«Ah! J’allais omettre de vous mentionner que je suis également très humble.» (Quoiqu’il ne soit pas non plus particulièrement indiqué de se déclarer orgueilleux).

Le problème, en effet, est fort complexe: si quelqu’un allègue qu’il est bien heureusement nanti d’une nature simple, on l’accusera de vantardise. Si, par contre, il admet qu’il est fat, on admirera, sans réserve aucune, la modération de ses propos. Tout ce qu’il est possible d’en conclure, c’est que l’esprit de contradiction est fort répandu.

La question qui m’assaille, c’est de savoir s’il se révèle préférable de s’enorgueillir de sa simplicité ou de se montrer discret en ce qui a trait à son complexe de supériorité.

Selon certaines éminences dans le domaine de la psychologie, ces deux attitudes ne seraient pas aussi diamétralement opposées qu’elles ne pourraient le sembler à priori. Ces sommités se seraient ainsi penchées sur le sujet et auraient décrété que ces deux agissements seraient symptomatiques d’un manque de confiance en soi.  Donc, un quidam souffrant de lacunes relatives à l’estimation de son ego pourrait soit :

  1. développer un plaisir masochiste à étaler ses tares devant son auditoire (Personnalité excessivement autocritique).
  2. éviter le sentiment d’humiliation provoqué par le rejet éventuel dont il serait la victime de la part de ses congénères en se forgeant lui-même une personnalité hautaine et misanthrope.

Ceci étant établi, je sais d’ores et déjà que mon opinion sur le sujet sera sollicitée. Aussi ai-je décidé de ne pas faire languir mes lecteurs assidus. Trêve de circonlocutions: je suis d’avis (sous toutes réserves) que la faculté d’adaptation à son environnement social constitue le trait distinctif entre l’intelligent et le sot. Ainsi crois-je que l’humour permet à l’être accompli de se démarquer de la masse et de s’élever sur le podium des grands esprits de ce monde. Pour le reste, il peut s’avérer utile de se souvenir du fameux adage de Delphes que Socrate avait choisi pour devise, c’est-à-dire: «Gnôthi seauton.»

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