La mourt (par Michèle Baly)

«Nous vivons et nous nous aimons
Nous nous aimons et nous vivons
Et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour»
Jacques PRÉVERT

.

Qu’est-ce que la passion? Désir de régner pour La Rochefoucauld, instinct territorial pour Laborit, le fait est que la passion amoureuse a toujours lieu au moment où nous connaissons le moins le sujet «aimé», ce qui facilite la projection de nos propres fantasmes.  Et, tout compte fait, c’est surtout nous-mêmes que nous aimons à travers l’autre. Nous guettons dans son regard l’intérêt qu’il nous porte, nous nous réjouissons de constater que le ton de sa voix s’adoucit lorsqu’il prononce notre nom… Vanité que tout cela!

Pourtant, même en étant lucide sur l’arnaque gigantesque qu’est la passion, on ne peut s’empêcher d’être obsédé par le souvenir de (l’heureux?) élu, d’en rêvasser toute la journée, d’espérer le voir apparaître soudainement devant soi…

Il y a aussi cette fragilité qui apparaît en nous et qui nous ridiculise. Et si je n’avais fait que tout imaginer? Voilà que l’on devient maladroit, empoté, voire même aussi sot que Christian dans Cyrano

Mais lorsque réciprocité il y a, on aurait bien envie de tout envoyer paître et de vivre à deux son utopie, que l’on confond parfois avec la plénitude.

Le malheur, dans tout ça, c’est que, comme le dit le vieil adage bouddhiste, «tout passe», hélas !

***

Voilà donc les lignes qui m’étaient venues sur le sujet le plus galvaudé qui soit. Mais quelques semaines plus tard, alors que je pensais bien m’être convaincue de l’inanité de ce genre de sentiment, je sentis une partie de moi-même qui regimbait. Comme si mon âme, telle celle de Baudelaire, s’adressait à mon conscient. Alors que je me trouvais incapable de demeurer éveillée, enivrée par la douce volupté de quelques souvenirs sans doute trop agréables, elle me demanda: «Qui est ton Morphée? Celui dans les bras duquel tu t’endors? Pour quelle joue l’oreiller échange-t-elle la sienne lorsque ton esprit rejoint les mondes de l’irrationnel?» Et je répondis, sans trop savoir pourquoi, que c’était celui-là même qui m’amènerait en Norvège, ou bien anywhere out of this world.

Et je me demande si, tout compte fait, les sentiments oniriques ne surpassent pas les sentiments triviaux.

Lubie? Folie? Morbidité? Sans doute…

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