Cécile Chabot : Le marchand de la mort (Le cycle de Xhol 1)

Chabot2Le marchand de la mort est le premier volet du Cycle de Xhol, une suite de romans historiques sur l’Amérique précolombienne écrite par Cécile Chabot, écrivaine belge qui auto-publie ses romans sur Amazon Kindle.  J’ignore s’il y a une façon plus appropriée pour qualifier cette Amérique-là. Sur Wikipédia, on emploie parfois le qualificatif de préhispanique. Peu importe, l’essentiel est de savoir qu’on sait peu de choses sur les civilisations qui précèdent la venue des Européens. Savoir qu’on ne sait pas constitue le meilleur moyen de parvenir à la connaissance. Pour bâtir une saga littéraire autour de la cité de Dos Pilas, un site archéologique Maya situé au Guatemala, il faut bien connaître le sujet, toutefois, mais cela tombe bien: Cécile Chabot, passionnée d’archéologie, connaît…  Et c’est ce qui donne toute la crédibilité à ce roman. Pour éviter le piège du récit didactique, l’auteure adopte le genre du roman policier. C’est une excellente idée… car, justement, compte tenu du peu de choses que l’on sait des Mayas de l’époque classique, aussi bien inventer un peu… Et rien de tel qu’une bonne intrigue policière pour susciter l’intérêt du lecteur.

Voici la genèse du roman. Une archéologue européenne a l’habitude de se rendre en Amérique centrale pour effectuer ses recherches sur la civilisation Maya. Lors d’un séjour, elle rencontre Don Pépé, un vieil homme qui l’emmène voir une grotte qui n’a pas été découverte à ce jour et, par conséquent, n’a pas encore été la proie des pilleurs de biens culturels de tout acabit. À la surprise de l’homme, la jeune femme visite la grotte mais ne se saisit d’aucun objet ; elle se contente de prendre des photos et de dessiner des croquis. Confusément, cela plaît à Don Pépé.  D’ailleurs, lors d’une conversation avec le vieil homme, l’auteure faire la remarque suivante: « C’est ce soir-là que je découvris sous la surface du chiclero sans grande instruction une tristesse infinie pour ce passé qu’il ne comprenait pas et qui disparaissait sous les coups des pilleurs, des collectionneurs et de la forêt dévoreuse de ruines ». L’année suivante, lors d’un autre séjour exploratoire, l’auteure revoit Don Pépé qui lui présente sa tante – d’une longévité sans pareille… – qui a décidé de parler, de témoigner, de raconter. En résultent des liasses de notes que l’archéologue, avec les années, finit par oublier. Plus tard, beaucoup plus tard, alors qu’elle s’apprête à déménager de son appartement de Bruxelles, elle retrouve ses carnets au milieu des cartons et du mobilier en désordre. Et elle se remet à les lire, à les relire… Et c’est ainsi débute cette très belle histoire: l’histoire de Xhol, du nom de ce lointain ancêtre qui, le premier, a raconté l’histoire à sa nièce, qui l’a raconté à… jusqu’à ce qu’elle soit consignée par l’archéologue.

Qui est Xhol ? Un curieux personnage affligé d’une infirmité. En effet, il boîte, ayant un côté du corps tordu de l’épaule jusqu’à la jambe droite. Jeune peintre dont le maître est décédé depuis peu, il doit faire ses preuves et, pour ce faire, travaille à une œuvre destinée à l’Ajaw, le souverain ou de ce qui en tient lieu à Dos Pilas.  Cette ville n’a pas la grandeur des autres cités Maya, mais elle a son importance dans le jeu des alliances pour préserver la paix entre les villes… ou pour mieux préparer la guerre. Dans ce décor plutôt réaliste, voire historique (lire l’article Dos Pilas sur Wikipédia), se trame un drame… et c’est ici que la fiction prend le relais de l’histoire et que l’écrivain s’impose face à l’archéologue. Surtout, c’est ici que se révèle enfin le talent de Cécile Chabot.

Un roman policier, même sous une toile de fond historique, ne se raconte pas. Voici tout ce que je peux en dire : Un marchand revenu d’une autre région demande audience à l’ajaw qui ne peut le recevoir avant le lendemain. Or, dans la nuit, il est assassiné à l’orée de la forêt, et c’est Xhol qui fait la macabre découverte. Avec le soutien du grand prêtre Treize-Jaguar, celui-ci se livre à une enquête qui, à la suite d’une succession d’indices, le fera parvenir à la vérité. Voilà… vous n’en saurez pas davantage. À vous de lire l’ouvrage…

Le marchand de la mort n’est pas un roman noir: c’est une intrigue à l’anglaise caractérisée par une heuristique propre. Cela n’a donc rien à voir avec une histoire scabreuse qu vous tiendra en haleine… mais il s’agit d’un récit passionnant et ce, pour au moins deux raisons: 1) la toile de fond que constitue la société précolombienne, ce qui est assez original, voire singulier, admettons-le, et 2) le personnage de Xhol, l’infirme à l’estime de soi fragile puisque, comme dans la plupart des civilisations traditionnelles, il constitue un objet de mépris.

C’est donc sans réserve que je recommande cet ouvrage qui vous étonnera et qui, surtout, vous fera sans doute mourir moins idiot… Vous le trouverez à la boutique Kindle d’Amazon à un prix dérisoire. Le deuxième tome du Cycle de Xhol est paru en 2013: Le secret du masque de Jade. Je ne vous étonnerai pas si je vous affirme que je le lirai dans les prochaines semaines.

  • Cécile Chabot. Le cycle de Xhol : 1. Le marchand de la mort. Kindle Edition, 2012.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s