Kant, les Lumières et la société occidentale

quinceyIl y a quelque temps, dans le but d’aider mon fils à faire un travail de philosophie, j’ai lu le célèbre opuscule d’Emmanuel Kant (1734-1804) intitulé Qu’est-ce que les Lumières? Lecture fort agréable, au demeurant, d’un texte disponible dans son intégralité sur Wikisource (référence ci-dessous).

Kant commence par définir son objet en ces termes: « Les lumières sont ce qui fait sortir l’homme de la minorité qu’il doit s’imputer à lui-même. » Par minorité, le philosophe entend l’incapacité pour certains hommes de ce monde de se servir de leur intelligence sans être dirigés par autrui. Cette incapacité ne résulte pas d’un manque d’intelligence, mais de l’absence de courage, de la paresse, voire de la lâcheté, d’une grande partie d’hommes et de femmes qui préfèrent « rester mineurs toute leur vie ». Après tout, c’est plus commode de se laisser guider par ceux qui pensent à notre place, n’est-ce pas?

L’intérêt de ce texte succinct réside surtout dans l’affirmation sous-jacente suivant laquelle un homme libre devrait être en mesure de penser par lui-même en faisant fi des règles, des formules, ces instruments mécaniques de l’usage rationnel, ces « fers qui nous retiennent dans une éternelle minorité ». Bref, ne répétez pas à l’infini ce que vous entendez à la télévision, ces églises médiatiques des temps post-modernes, et prenez la peine de penser par vous-même ce qu’ensuite vous pourrez énoncer et partager avec vos semblables. À cet égard, le blog(ue) constitue un bon moyen de partage à la portée de tous.

Il va de soi qu’Emmanuel Kant est un sage, pas un révolutionnaire. Aussi distingue-t-il l’usage public de la raison (fortement recommandé) à son usage privé (contre-indiqué). Autrement dit, dans votre lieu de travail, il convient d’obéir sans discuter les ordres de votre supérieur, mais le soir, une fois à la maison, vous pouvez, ou plutôt vous devez, réfléchir à un moyen d’améliorer le processus de gestion dans les organisations et, le cas échéant, faire bénéficier de vos réflexions à la société tout entière. C’est pourquoi le philosophe estime que « le public ne peut arriver que lentement aux lumières. Une révolution peut bien amener la chute du despotisme d’un individu et de l’oppression d’un maître cupide ou ambitieux, mais jamais une véritable réforme dans la façon de penser ; de nouveaux préjugés serviront, tout aussi bien que les anciens, à conduire les masses aveugles. » Bref, les changements ne sont jamais aussi brusques qu’on le souhaiterait…

Une fois le texte lu, je n’ai pu m’empêcher d’établir un lien avec mon billet sur l’analphabétisme au Québec. En son temps, Kant se demandait si ce siècle (le 18e) était éclairé. Non, disait-il, mais « les obstacles, qui empêchent la diffusion générale des lumières ou retiennent encore les esprits dans un état de minorité qu’ils doivent s’imputer à eux-mêmes, diminuent insensiblement. » Alors, deux cent dix ans après sa mort, qu’en est-il de la société occidentale? Avec près de 50% analphabètes fonctionnels au Québec, il me semble que les Lumières tardent à nous éclairer…

Emmanuel Kant. Qu’est-ce que les Lumières ? c1784, texte disponible sur Wikisource

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