LA SAGA DE L’ANTEVERS 1: LE CHEVALIER À LA CANNE À PÊCHE (Guilhem)

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Nous sommes au sein d’un de ces innombrables dispositifs d’existence de la littérature de type fantasy. Le monde est peuplé de formes des vies diverses aux contours gorgés d’implicites luminescent, purulents, ordinaires et ni chauds ni froids. Des fées, des harpies, des gnomes, des farfadets, un dieu, des géants, des mort-vivants, des mutants cycliques, des anges, des humains, des gorgones et un tas d’autres figures indéfinies co-existent, pour le meilleur et le bien pire. La violence est omniprésente. Violence belliqueuse, violence des passions, violence de la vulgarité, violence de la magie, violence des poussées de rationalité, même. Et c’est le grand conflit intercontinental. Un puissant Archange œuvre avec ses fantassins innombrables et ses angelots kamikazes à envahir le continent sur lequel notre œil se pose. Un Oracle œuvre à le défendre. Un groupe d’hirsutes compagnons et compagnes sont en quête. Et roule roule le tonnerre de la vie et du cycle de la guerre, ni bon, ni méchant, juste… étant.

Il n’y avait pas de créatures bonnes ou méchantes, seulement un conflit racial et culturel, opposant des coalitions d’espèces. La stupidité et la folie étaient bien distribuées entre les deux camps avec un net avantage dans ce domaine aux forces de l’Élysée, dirigées par l’Archange. Ce camp manquait de tolérance. En cela, le monde des Tartares envahi de créatures effrayantes, gouverné actuellement par le Magistère, était bien plus vivable. Même si tout était loin d’être parfait, la coexistence interespèces était une des règles fondamentales, là où les Élyséens ne prônaient que l’épuration ethnique.

Tout commence, pour nous lecteurs, autour d’une jeune roussette de douze printemps vivant, loin de toute cette tourmente, dans une réserve. Douze ans, c’est tout juste l’âge adulte ici, et Sélène (c’est le nom de la jeune roussette) aspire à convoler. Mais sur ces matières, il ne faut surtout pas se tromper. Or le choix de la jeune dame de modeste condition est solidement arrêté. C’est que Sélène croit savoir qui est le mystérieux jeune amoureux intangible qui lui sauve la vie en cachette et lui laisse discrètement des paniers de bouffe, depuis un moment. C’est à lui et à lui seul qu’elle se promet. Mais le fait est qu’il faudrait… ne pas se tromper. Or les indices sont bien fragmentaires. Sauf que, comme sous tous les cieux, jeunesse ardente en veut. Aussi, qu’importe le caractère lacunaire de ses informations sur le personnage suavement attendrissant, notre jeune pauvresse, démunie mais hardie, part à sa recherche.

Et voici qu’on découvre Lupin, grand timide à biscotos de quinze ans, le fils du boulanger de la même réserve. Secrètement amoureux de Sélène, il la suit discrètement, quand elle quitte ladite réserve pour chercher son amoureux secret, de par le vaste monde. Mais le monde est vaste, justement, incroyablement complexe, diversifié, virulent et violent. Vite Lupin perd sa douce de vue. Et il fait la rencontre d’un vieux pêcheur. La rencontre se configure dans l’angle le plus inattendu. Lupin, tombé dans un point d’eau, se fait mordre par la terrible truite-garou. Il devient donc lui-même truite-garou et cela fera de lui un cataclysme gigantal ambulant, à toutes les pleines lunes et ce, pour toujours. Mais cela lui donne aussi la clef secrète pour la capture de la susdite truite-garou. Et il coule cette clef secrète au vieux pêcheur, attendu que, celui-ci, lui, il traque le monstre ardent d’origine depuis des décennies. Reconnaissant, comme dans la Morphologie du conte de Vladimir Propp, pour vous dire si j’ai des lettres, le vieux pêcheur fait don d’un objet magique à Lupin, une canne à pêche fleuret, faite d’un bois souple indestructible, qui, à terme, fera de lui et de nul autre, le héro en titre de toute cette fantastique équipée.

Sélène, maintenant perdue sous le tonnerre de fer et de feu, va tomber sur un petit groupe de persos abracadabresques, grognons, grognards, hirsutes, mais unifiés et songés, qui cherchent des artefacts, pour une raison cruciale qui sera à découvrir un jour. Des liens se tissent et toute les figures de cette bande, un peu comme Tuco et Blondy dans Le bon, la brute et le truand, si vous goûtez la finesse de la référence, se devront de traverser une zone militairement dévastée et de louvoyer entre des cultures en guerre, pour parvenir à rencontrer leurs objectifs de quête. Ça va castagner dans toutes les directions, surtout quand la petite Sélène va se mettre à graduellement découvrir qu’elle a le pouvoir magique de jeter un jus dingue, ce qui la transforme en véritable instance de surarmement.

Cet ouvrage échevelé, picaresque, bigarré, pourléchant, fantasy en un mot, fonctionne comme une bande dessinée ou un jeu vidéo. Le scénario en est solidement ficelé, savoureusement cohérent. L’écriture est à la fois grandiose et précise. Les scènes d’action sont enlevantes, magistralement peintes, superbement dirigées, magnifiquement visualisables. Les personnages sont attachants. Ils ont une psychologie, ce qui est loin d’être un luxe au sein du contexte en cause. Voici incontestablement une occasion de bien jubiler, dans l’épanouissement d’un genre tonitruant, immense, qui établit cette solide jonction entre le fantastique oniroïde contemporain et les vieux contes folkloriques que nous narraient autrefois les bonhommes et les bonnes femmes sans dents autour du feu de camps ou sous la tente clanique.

Oui, oui, c’est magique: les pages se tournent toutes seules…

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Guilhem, L’ANTEVERS: Le chevalier à la canne à pêche, Montréal, ÉLP éditeur, 2017, formats ePub ou PDF.

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