L’Empêcheur, premier roman de Sinclair Dumontais : entretien avec l’auteur

cover_dumontais_empecheurNé à Montréal en 1958, Sinclair Dumontais travaille dans le secteur du marketing et des communications. En marge de son cheminement professionnel, il a signé trois romans et cosigné cinq ouvrages inspirés du site Internet voué à la littérature et à l’histoire qu’il a cofondé en 1999 et dirigé pendant dix ans: Dialogus. Installé en France depuis quelques années, il poursuit ses activités professionnelles et littéraires. Deux ouvrages de fiction de Sinclair Dumontais sont publiées chez ÉLP éditeur. Le roman Condamné à mots et Onze nouvelles dont la onzième est érotique pour que l’éditeur fasse ses frais (2011), un recueil de nouvelles qui figure parmi les meilleurs ventes chez ÉLP.

L’Empêcheur, premier roman de Sinclair Dumontais publié chez Stanké en 2004, vient d’être publié en numérique chez ÉLP éditeur, inaugurant du même coup notre quatrième saison littéraire. Dans L’Empêcheur, une organisation sans nom et sans appartenance d’aucune sorte, ni politique, ni militaire, ni religieuse, garde un secret depuis deux mille ans et se refuse à le révéler à l’humanité. Ce secret, elle le garde dans un laboratoire au sous-sol d’un manoir entouré de grilles infranchissables. Ce secret est très troublant car c’est en fait un être vivant. Il vit dans une sorte de coma. Depuis deux mille ans…

Ce roman n’a rien perdu de sa portée symbolique qui fait de la foi un phénomène superflu.

À l’occasion de la réédition de L’Empêcheur chez ÉLP éditeur, j’ai jugé digne d’intérêt de partager avec vous des extraits de l’entretien que m’accordait l’auteur en octobre 2005, au moment même où le webzine Écouter Lire Penser faisait ses premiers pas.

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Ducharme: Monsieur Dumontais, quelle est votre discipline d’écriture ?

Dumontais: Ma discipline ? J’ai presque envie de vous dire que je n’en ai pas. Quand on écrit un livre, il nous habite tant et aussi longtemps qu’on ne décide pas que ça suffit, qu’il est terminé. De là, se rendre à la dernière ligne est moins une question de discipline que de disposition. Il y a des jours où ça ne donne absolument rien de prendre la plume : elle n’écrira rien de bon. Ce sera laborieux et tout sera à recommencer. D’autres jours, c’est le contraire. Il n’y a plus moyen de l’arrêter. Alors on en profite. On noircit le papier.

Ducharme: Bon… si je vous comprends bien, vous n’êtes pas du genre à vous imposer une discipline quotidienne de travail comme, par exemple, de vous lever chaque jour à l’aube pour écrire une heure ou deux avant le petit-déjeuner. Chez vous, la discipline rime avec la passion, en l’absence de laquelle vous ne pourriez écrire quoi que ce soit. Vraisemblablement, l’inspiration est un mot qui a du sens pour vous, n’est-ce pas?

Dumontais: Si on n’écrit pas avec passion, il n’y a aucune chance que le lecteur nous lise avec passion. Alors à quoi bon écrire… Quant à l’inspiration, c’est assurément la bougie d’allumage. Mais ne croyez pas que ce soit un don ou un talent naturel, l’inspiration. Être inspiré, c’est trouver. Et pour trouver, il faut chercher. Voilà. C’est un travail. Ceux qui écrivent chaque jour à l’aube n’ont pas donné rendez-vous à l’inspiration avant le petit-déjeuner. Ils ont déterminé un moment de la journée pour travailler. Tant mieux s’ils y arrivent : moi je n’y arrive pas. Un matin j’écrirais dix pages, un autre j’en écrirais une de peine et de misère, pour la déchirer le lendemain […]

Ducharme : […] Prenons l’exemple de L’Empêcheur, votre premier roman publié chez Stanké en 2004. Comment avez-vous élaboré ce roman ? Êtes-vous parti d’une idée, un peu à la manière d’un concept publicitaire, pour mettre de la chair sur l’os, en vous laissant guider par l’inspiration ou, une fois l’idée trouvée, avez-vous plutôt rédigé un plan détaillé pour ensuite vous évertuer à « remplir les cases » ? En d’autres termes – et beaucoup plus simplement –, comment avez-vous élaboré ce récit qui ne repose que sur une proposition et qui, pourtant, s’avère si riche en intrigues et en rebondissements de toutes sortes ?

Dumontais : L’Empêcheur, c’est un roman de jeunesse. D’ailleurs ça n’a rien à voir avec l’âge : un roman de jeunesse, c’est le premier roman qu’on écrit. Même si c’est à soixante-dix ans. Point à la ligne. Forcément, on y met tout ce qu’on traîne depuis notre naissance. Moi, on m’a fait traîner Dieu. Avant d’écrire quoi que ce soit d’autre, il fallait que je le catapulte. C’est ce que j’ai fait. Je me suis efforcé de le faire avec dignité, sans trop l’abîmer, et de façon à ce que le lecteur y prenne plaisir. Si je suis tout de même assez fier du résultat, c’est que j’ai mis beaucoup de travail à faire en sorte que la forme de ce roman ait une certaine originalité. Exemple : Bastien, qui est le narrateur, cite tous les autres personnages sauf lui. Quand il se cite, c’est de façon indirecte. Il est pourtant au centre de l’action. Autre exemple : la construction un peu policière de ce roman. Un critique l’a qualifié d’existentialiste. C’est juste. C’est d’ailleurs ce que j’ai souhaité. Mais en même temps, j’ai voulu que son rythme comporte quelques ingrédients propres aux romans policiers. Pourquoi? Parce que nous ne sommes plus dans les années soixante. Vous me demandez comment j’ai élaboré ce roman. Que vous répondre… Non, je ne remplis pas des cases. Un roman c’est avant tout un ton, un son. C’est une odeur. Quand on réussit à l’identifier, à la cerner, à la sentir, tout le reste en découle de façon naturelle. Les cases, c’est pour les mathématiciens.

Ducharme: L’empêcheur est effectivement un roman fort bien réussi et, cela dit sans fausse flatterie, vous avez plus d’une raison d’en être fier. Le sujet en est certes ténu, mais vous le traitez avec un style narratif très original. Pour préparer cet entretien, j’ai lu quelques critiques qui circulent sur le web. Certaines positives, d’autres non. Une d’entre elles m’a d’ailleurs fait sourire : son auteur estime que vous vous évertuez à faire renaître le catholicisme! Cela m’amène à vous poser une question. Monsieur Dumontais, comment réagissez-vous aux critiques, notamment aux critiques négatives ? Est-ce qu’elles vous atteignent facilement ?

Dumontais: J’ai suffisamment d’objectivité pour savoir que les critiques sont subjectives et que ceux qui les lisent ont tendance à l’oublier. C’est là le drame, que cette critique soit positive ou négative, d’ailleurs… Suite à la publication de L’empêcheur, je me suis rendu compte combien il est difficile pour un auteur de savoir si son ouvrage plaît ou ne plaît pas. Peut-il se fier aux critiques? Assurément pas. Peut-il se fier à ses parents et amis? Moins encore! Ils sont beaucoup trop gentils pour être sincères. Doit-on alors se fier à la quantité d’exemplaires vendus? Je n’en suis pas certain. Mon deuxième roman, Le Parachute de Socrate, s’est mieux vendu. Est-il meilleur pour cela? J’ai de sérieux doutes à ce sujet. Les ventes sont tellement influencées par la mise en marché… et par la critique! Vous me demandez si les critiques négatives m’atteignent. Oui, elles m’atteignent, car on voudrait toujours que son ouvrage soit apprécié. Ce qui m’affecte surtout, c’est de ne pas pouvoir y répondre. Un critique a dit de L’empêcheur qu’il contenait trop d’idées. J’aurais aimé lui dire, ainsi qu’à ses lecteurs, que j’étais ravi de mettre un peu de contenu sur les tablettes des librairies. Il se publie tellement de choses vides… Ce qui m’affecte ensuite, c’est de savoir toute l’influence qu’ils ont sur les lecteurs. Quand un critique écrit que tel livre est bon et tel autre est mauvais, lequel choisirez-vous de lire? Vous connaissez la triste réponse, monsieur Ducharme. Faut-il bâillonner la critique? Dans l’une de ses chansons, Charlebois disait que les critiques sont «des ratés sympathiques». Mettre tous les critiques dans la même casserole n’est pas très convenable. Je rêve toutefois d’une critique qui mijote plutôt que de rôtir. Une critique plus objective, qui révèle les qualités et les défauts d’un ouvrage plutôt que de trancher et de conclure, par la louange ou le sallissage. Ce serait assurément plus objectif, plus constructif, et je dirai même plus respectueux à la fois des auteurs et des lecteurs […]

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Pour en savoir davantage sur Sinclair Dumontais, veuillez consulter sa fiche d’auteur sur le site d’ÉLP éditeur.

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