Un pictopoème

lauberkhoda01

Toute œuvre d’art possède en elle, à des degrés divers, le pouvoir de faire naître, dans l’imagination de qui la regarde, des paysages, des spectacles, des histoires et des idées. Ainsi, comme Serge Khodalitzky, plasticien et dilettante, expose ses assemblages début février à Paris, il nous a pris l’envie de produire des poèmes pour chacune de ses sculptures – certaines furent très longues à concevoir, tandis que d’autres, comme celle du ticket ci-dessus, ou celle dont il va être maintenant question, n’auront pas pris une journée pour être parfaites. L’idée, soudain, s’impose.

Voici la première version d’un poème destiné à illustrer l’assemblage intitulé Dialogue. Il s’agit de ce que Paul Laurendeau a nommé un antipalindrome : texte qui, lu de bas en haut, dit autre chose que ce qu’il dit lorsqu’il est lu de haut en bas.

lauberkhoda02Dialogue

Pour savoir ce que dit le petit oiseau, le petit enfant,
Au papa, lisez tout ce qui suit de haut en bas.

Papa tu es mon toit et moi je suis ton toi.
N’oublie jamais. Toujours dis-nous ceci :
Enfant, à jamais je te suis épaule et point d’envol.
Moi je suis pour toi par serment de foi.
Toi tu es mon bouclier ;
Dis-nous, car véritablement je le veux être et tu le veux :
Toi tu es mon ciel bleu ;
Moi je suis pour toi par serment de cœur.
Toi et moi, on s’a. C’est comme ça.

Vraiment, oui, je te quitterai.
Ne va pas croire que
Tu pourras toujours compter sur moi.
Mais… Je ne serai jamais bien loin de toi.
Il m’arrivera, oui, d’aller et venir
Au gré de ma vie,
Au gré du vent qui passe,
Je sortirai parfois.
N’oublie pas :
Moi d’abord, moi aussi je vole.
Mais…
Je ne t’abandonnerai pas.
Papa tu es mon toit et moi je suis ton toi.
N’oublie jamais. Toujours dis-nous ceci :
Enfant, à jamais je te suis havre et radio-phare.

Pour savoir ce que dit le papa au petit enfant,
Au petit oiseau, lisez tout ce qui précède…
Mais, cette fois-ci, de bas en haut.


En savoir plus : Assemblages sur ELP éditeur.


Advertisements

9 réponses à “Un pictopoème

  1. Je ne connaissais pas cette forme, camarade Olivier, avant de l’avoir rencontrée dans un faux tract où l’auteur faisait parler Nicolas Sarkozy, ci-devant président français, où le personnage promettait monts et merveilles à l’aller, et des tas de moqueries au retour. Ayant soumis ce texte incroyable à l’ami Paul, celui-ci le caractérisa vite fait sous le label d’antipalindrome, et nul n’en parla plus.

    J’y revins cependant régulièrement, cherchant à classifier les diverses catégories de connecteurs disponibles. La forme n’est pas conciliante, c’est le moins qu’on puisse dire, et la rendre élégante est fameusement difficile. Chaque texte tient un peu du tour de force.

    Votre idée de nommer cette catégorie « Miroir » est intéressante. Puisque vous en revendiquez la paternité, laissez-moi vous féliciter, monsieur ! C’est tellement rare de tenir l’auteur d’une forme littéraire, que là, pour tout dire, j’en roucoule. Merci, camarade Olivier !

    Il faudrait un jour songer à rassembler de quoi faire un recueil, où s’exposeraient les diverses techniques du miroir à travers des exemples bien tournés, sévèrement choisis par un comité d’amateurs. Ce serait un beau cadeau fait à la littérature. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’il s’en produit. Qu’en pensez-vous ?

    Berger

    • Messieurs, prudence, nous frisons la maldonne.

      Le texte Pour toi, Reine livide (Billottet) est, lui, un poème-palindrome ou, si on veut, miroir. De haut en bas puis de bas en haut, le texte est identique, comme dans les fameux palindromes de lettres, mais ligne à ligne plutôt que lettre à lettre.

      L’anti-palindrome est un texte dont la seconde lecture, celle de bas en haut, NIE la première, celle de haut en bas (le texte sur Sarko mentionné et notre texte d’entête de discussion ici). C’est plus un miroir ça…

      Oui?

  2. Merci de votre merci Monsieur Allan Berger. Pour vous répondre, Monsieur Paul Laurendeau, je ne sais pas trop. Je préfère la pratique à la théorie, notamment en étant l’Inventeur d’une forme beaucoup plus complexe : le « pantoum miroir » : Il s’agit toujours d’un Poème miroir, mais avec… une contrainte supplémentaire ! le Pantoum !
    Si nous lions ces deux termes, cela donne le mot « pantoum miroir » hybride deux fois plus complexe ! (http://ob-poesie.blogspot.fr/2014/01/zarathoustra-ma-dit.html) (et un plus petit, anecdotique dans mon œuvre : http://ob-poesie.blogspot.fr/2013/11/nuit-dhalloween.html)

    • J.S. Bach s’amusait beaucoup avec ce genre de figures, qu’il entrecroisait, composait, fusionnait… L’avantage de la musique, c’est que les assemblages de notes n’ont, a priori, pas de sens « comme il faut » et donc de mauvais sens : un sens AB ou BA est joli ou moche, point final – tandis qu’un mot a toujours un sens, contraint.

      • Ah non non ! Je viens de relire votre commentaire, Monsieur Allan Berger, et comprendre ! Dissipons donc un malentendu (un peu tard!) Je vous postais ce poème de Zarathoustra pour sa forme. Je ne me serais pas permis un tel cynisme ! Le sens et le fond étaient destinés à tous ces auteurs qui se disent poètes « à plein temps » et se comportent comme tels (alors qu’ils n’ont pas cette légitimité, gagnant un salaire de prof). Là est la nuance. Et, SURTOUT, cette nuance transparaît RÉELLEMENT dans votre recueil (car il y a beaucoup d’hypocrites et de faux modestes chez les poètes) 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s