La jeune fille assise par terre dans le métro

Metro_2014Ce matin, une jeune fille toute vêtue de noir s’est assise par terre dans le métro. Elle était grande, mince, pour ne pas dire maigre, avec des cheveux sombres coupés comme ceux de Paul McCartney au début des années 1980. Elle n’était pas particulièrement jolie avec son nez un peu fort et ses yeux glauques. Et elle ne respirait pas la propreté non plus. Ses ongles, à ce que j’ai pu remarquer, étaient sales en-dessous. De plus, elle portait une vareuse parsemée de taches d’origine douteuse, ce qui n’arrangeait rien… Bref, on ne peut pas dire qu’elle savait s’apprêter pour se rendre agréable à la vue des autres dont elle semblait se foutre éperdument, par ailleurs.

Au départ, elle était assise à côté de moi, sur le siège latéral. Plongé dans un roman historique que je lisais sur ma Kindle, je n’ai pas porté attention à sa présence somme toute discrète, du moins jusqu’à ce que, pour une raison qui m’a échappé – si raison il y avait, bien entendu – elle se lève d’un geste brusque. Un moment, j’ai cru qu’elle cédait sa place… mais non, elle se laissa délibérément choir par terre, libérant par le fait même son siège qu’une jeune fille s’empressa de prendre sans s’assurer, au préalable, qu’il eût mieux convenu de l’offrir à une personne âgée.

Les gens debout, accrochés au poteau central du wagon, l’ont regardée, mais elle soutenait leur regard avec une teinte de mépris, voire d’arrogance. Quant à moi, j’ai poursuivi ma lecture… mais avec moins de concentration. Il faut dire que la jeune fille gênait le passage. En effet, pour entrer dans la voiture, comme pour en sortir, il fallait légèrement la contourner. Elle ne parlait pas, toutefois. Aucun son ne sortait de sa bouche aux lèvres fines. Je me suis demandé ce qu’il lui prenait, à cette jeune fille, de poser un geste qui, malgré sa simplicité apparente, pouvait être considéré comme un signe de mépris à l’endroit des autres. Certes, ces « autres » sont faciles à amalgamer dans la normalité de ceux qui se rendent chaque matin au travail pour gagner leur vie. Quand on se place en retrait, comme la jeune fille semblait le faire, on ne voit que le troupeau, que la foule des hommes et des femmes identifiés à l’existence pauvre et monotone du métro-boulot-dodo. On peut les mépriser ces gens-là qui, sans prendre part aux décisions du monde, le font tourner malgré eux. Mais ce faisant on ne voit pas que les hommes et les femmes sont uniques et multiples, comme des marguerites dans un champ de marguerites. On ne sait rien de ces gens, au fond. Alors les mépriser est aussi stupide que le jugement que portent parfois Monsieur et Madame Toutlemonde sur les marginaux qui croisent parfois leur chemin.

Soudain, d’autres personnes, moins accommodantes que ces représentants de la majorité silencieuse, commencèrent à proférer, non pas des menaces, mais des remarques à propos de la jeune fille. Cela aurait pu mal finir… Heureusement, à la station Frontenac, elle s’est décidée à se relever, tout en regardant les usagers du métro comme si elle cherchait à les défier. Aurait-elle pu être violente ? Je ne le crois pas, bien qu’elle donnât l’impression de s’en foutre un peu de ce qu’on aurait pu lui faire. Un peu comme les punks qu’on rencontre avec leurs chiens sur la rue Sainte-Catherine à l’est du Quartier latin ou autour du square Viger.

La jeune fille a donc quitté les lieux sans demander son reste. Pour ma part, je suis descendu trois stations plus loin, à Berri-UQAM, non loin de mon bureau où de nombreux dossiers m’attendaient. Et je n’ai plus repensé à la jeune fille par la suite.

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