La Montagne (par Marguerite Morin)


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LA MONTAGNE

La montagne parle avec des mots caverneux et des sons d’éboulis
Sa bouche ne s’ouvre jamais, pas plus que ses yeux ne se ferment
Elle veille, et surveille sans relâche
Chien de garde, dont le territoire s’étend à perte de vue, autour d’elle
Son cœur de pierre respire la solitude et le mystère
Son esprit l’enveloppe d’un halo de lumière
Illuminant la forêt au passage
Le feuillage de ses arbres ondule dans le vent
Comme une chevelure où se cachent les oiseaux bavards

Des ruisseaux cascadent à la surface de sa peau
Comme des veines, ils irriguent ses flancs escarpés
Tout le peuple de la forêt est invité à y boire
Le loup et le chevreuil s’y succèdent tour à tour
Tapissés de feuilles, garnis de fleurs des bois
Les cours d’eau s’étendent en de ravissants petits lacs

Au couchant, les falaises se gorgent de soleil
C’est l’heure rose, ponctuée par le vol des rapaces

La nuit, en rêve, la montagne monte vers le Nord
Elle suit le cours de la rivière coulant à ses pieds
Elle cherche un endroit où la nature est restée vierge
Toutes les histoires du monde sont inscrites dans sa mémoire
Alors elle raconte, pour passer le temps, dans sa bienveillante immobilité
Elle parle de la pureté originelle, de la vie foisonnante où toutes les espèces se marient

Pour l’entendre, il suffit de s’asseoir et de laisser les images toucher notre âme
La montagne évoque les glaciers, dont le passage a laissé d’énormes cailloux ronds
Sur ses flancs et à son sommet, où ils sont devenus des postes d’observation
Elle fait aussi le récit des tempêtes légendaires qui ont modelées ses contours
Comme une tortue, assise à jamais dans sa carapace de pierre
Immuable, la montagne regarde passer la vie de ceux qui bougent

Parfois, les nuages descendent gentiment jusqu’à elle
Alors elle presse de questions ces grands voyageurs
Elle veut savoir combien d’espèces de plantes
D’animaux et d’insectes sont à ce jour disparues?
Elle se fait du souci, pour les arbres
Sont-ils malades ou mourants, comme ici?
Ou, couchés au sol par un vent que l’on a déchaîné?
Et l’eau, comment se porte- telle, là-bas?
Elle regarde au loin la ville lancer ses tentacules
Dans des éclats de poussière et de pollution lumineuse
La ville, où tu peux tout prendre, sans jamais rien donner

Devant ces questions, les nuages restent muets, ils n’osent répondre
Ils se contentent de caresser au passage, le front brûlant, de la montagne inquiète

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