Le grand pas souverain de mon père (Hélèna Courteau)

ÉLP

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Vêtue d’un vieux jeans, le printemps bien arrimé, quand le sol a bien chauffé au soleil,
Yvan enlève le paillage de l’automne.
Il sarcle, bêche, s’acharne sur les mauvaises herbes.
Le poète se dresse pour sa quête prometteuse.

Le potager prend de l’ampleur à chacune de mes visites.
Les têtes de radicchio se colorent, les carottes s’allongent sous terre, les pois mange-tout grimpent de concert aux haricots.
Sans équivoque, mon père couve du regard les jeunes pousses

Du côté de la rocaille, les lychnis et les liatris apprivoisent les oiseaux. Jouxtés à la maison à l’abri du vent les iris royales se pâment.

Aucun voyage n’était prévu avant la récolte du maïs,
Les fleurs embaumant les tables, les étagères.

Aujourd’hui,
la porte refermée sur moi,

À la dernière traversée de sa neuvième décennie
Échoué sur son lit
Le temps s’égraine doucement sur un homme à la lisière de ses propres souvenirs, l’épopée n’a pas de but plus noble, cosmique et charnel que les fières récoltes.

Un poème, détaché un instant, de ce qu’il fait naître.

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