Traduire une minute chaude

one_hot_minute_cover

Mon enfant, sache qu’en 1993, on a détourné nos yeux des poupées aux soyeuses anglaises, pour enfin s’intéresser au rock. La détermination préétablie des événements de la vie humaine, pourtant, a fait que nos yeux sont tombés sur… Une poupée… Aux soyeuses anglaises… Une rousse, qui jouait du piano. En sortant le disque, à chaque fois, j’observais la couverture, tout ce rouge, et je me demandais si, dans le fond, c’était réaliste une fée bassiste. Non, je me demandais si c’était plus réaliste que mon penchant grégaire et subit pour les Red Hot Chili Peppers. Depuis quand est-ce que je m’accorde aux considérations musicales des autres ? Où est passée Patricia Kaas ?

Une fois le disque dans mon baladeur CD, celui avec le mémoire anti-choc de vingt secondes, c’est-à-dire que la mélodie s’interrompt inexorablement, à intervalles irréguliers, au gré des obstacles du bitume, je traduis ma minute chaude. Ma minute chaude, mais la voilà, c’est quand je m’illumine et que la platitude cumulée de mon quotidien s’affadit. Prenons maintenant la sociabilité de la jeunesse. Prenons mon frère. Et alors, nous sommes deux.

Je suis chanteur à la longue-longue chevelure lisse-lisse. Il est bassiste aux cheveux jaunes. Poussin psychique. Moi, esthète tatoué, au cœur mou-cruel. Je suis la poétique globale. Il constitue le rythme. Nous sommes torse nu. Nous bougeons avec une volonté visiblement inaltérable de ne pas attraper froid. A l’époque on pensait que c’était génial, c’était génial d’être un groupe de rock. Au milieu des brunettes à combinaisons ultra moulantes. Qui scintillent dans tous les sens de nos rêves, en mâchant du chewing-gum. Mais la réalité nous rattrape lorsqu’une multitude d’enfants crient : « C’est mon avion ! C’est mon avion ! » Parce qu’on n’avait pas compris la symbolique, on s’était arrêtés à l’avion. La naïveté de l’adolescence a quelque chose de touchant. L’aeroplane, genre espaces supérieurs, tout ça définissait, au mieux, le nirvana, c’est-à-dire le décès nébuleux du grunge. Cheveux pouilleux. Fusil dans la tête. Lettre d’adieux. Mais au pire, cet aéroplane, le plus haut, les sphères inaccessibles, les hautes terres, quoi, c’étaient l’Ecosse, et les Highlanders, et la série télévisée dont on suivait seulement le générique.

Je finissais l’album avec Transcending que je coupais à 3.04 minutes. Tu sais pourquoi je coupais à 3.04 minutes ? Dans la nuit du 30 au 31 octobre 1993, River Phoenix est mort. J’y reviendrai.

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