Le dé à coudre en argent

Garnet se disait, voilà probablement le jour le plus chaud que la terre ait connu. Chaque jour pendant des semaines, elle avait pensé la même chose, mais celui-là était vraiment le pire de tous. Ce matin, à l’extérieur du drugstore du village, le thermomètre levait son doigt rouge et fin jusque quarante-trois degrés Celsius.

C’était comme se trouver à l’intérieur d’un tambour. Le ciel pareil à une peau claire s’étirait finement au-dessus de la vallée, et la terre aussi était tendue et durcie par la chaleur. Plus tard, quand il ferait sombre, il y aurait un bruit de tonnerre, comme si une grande main tapait sur le tambour ; il y aurait des nuages lourds au-dessus des collines, et des éclairs, mais pas de pluie. C’était ainsi depuis longtemps. Chaque nuit après le souper, son père sortait de la maison et levait les yeux vers le ciel, puis les baissait sur ses champs de maïs et d’avoine. Il disait « non » en secouant la tête, « pas de pluie ce soir. »

L’avoine jaunissait avant l’heure, et les feuilles de maïs étaient froissées, fragiles, bruissant comme du papier journal quand le vent sec soufflait sur elles. Si la pluie n’arrivait pas rapidement, il n’y aurait pas de maïs à récolter, et ils devraient couper l’avoine pour en faire du foin.

Garnet leva des yeux en colère sur le ciel lisse, et secoua son poing. « Toi ! » s’écria-t-elle, « pourquoi ne lâches-tu donc pas un peu de pluie ! »

— extrait de « Thimble Summer » d’Elizabeth Enright, traduit de l’anglais (US) par Perrine Andrieux. —

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