La ferme de Garnet

La ferme était immense et vieille ; elle penchait sur un côté comme un bus dans un virage. Un jour, quand il aurait de l’argent, son père allait en construire une nouvelle. Il y avait un grand silo à côté de l’étable et Garnet pensa à nouveau, comme souvent, à quel point ça serait bien d’avoir une chambre là-haut ; petite et ronde, avec une fenêtre ouvrant vers l’extérieur autour une charnière. Ça serait comme une chambre dans la tour d’un château.

Elle s’arrêta un moment à côté de la porcherie pour regarder Madame Queen, l’immense truie, et sa portée de petits. Ils étaient encore tout jeunes, aux larges oreilles soyeuses, et avec leurs minuscules sabots, ils avaient l’air de porter des chaussons à talons hauts. Madame Queen roulait dessus tel un raz-de-marée, éparpillant à droite et à gauche ses bébés qui couinaient. C’était une mère impatiente, grognant avec mauvaise humeur, et les repoussant de la patte lorsqu’ils la dérangeaient.

Garnet n’avait pas encore nommé les petits cochons. Elle s’appuya à la clôture et y réfléchit. Le plus gros de la portée était extraordinairement glouton et égoïste, même pour un cochon. Il marchait sur ses frères et mordillait leurs oreilles et les poussait hors de son chemin. Il deviendrait indubitablement un porc à concours comme son père. Rex pourrait être un bon nom pour lui, ou Empereur, ou Tyran ; quelque chose sonnant large et puissant. Le préféré de Garnet était l’avorton, un minuscule cochon satiné avec un museau triste et aucune combativité. Il n’avait jamais assez à manger. Pour une raison qu’elle ignorait, Timmy semblait idéal pour lui.

Lentement, Garnet marcha jusqu’à la maison jaune, sous de grands érables, et ouvrit la porte de la cuisine. Sa mère était en train de préparer le souper sur le grand poêle à charbon noirci, et son petit frère Donal tapotait le sol en effectuant un bruit de train.

Sa mère leva les yeux. Ses joues étaient rouges de la chaleur du poêle. « Du courrier, chérie ? » Demanda-t-elle.

« Des factures », répondit Garnet.

« Oh » dit sa mère, et elle s’en retourna à ses préparations.

— Extrait de « Thimble Summer » d’Elizabeth Enright, traduit de l’anglais (US) par Perrine Andrieux. —

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