ÉMOTIONS — 23. L’admiration (par Sinclair Dumontais)

On la réserve d’abord aux grands de ce monde. Sans réserves ni hésitations, à défaut d’être jugé. On nommera donc Gandhi, Einstein, Beethoven, Picasso, Mère Thérésa… Bien sûr, c’est justifié. N’allons pas le nier. Même si tout est toujours discutable, même si l’unanimité n’est vérité que par la rime.

On ajoute ensuite une liste qui nous ressemble davantage. Pour les uns ce sera Lindberg. Pour les autres ce sera Zola, Monet, Pasteur, Lennon, Bolivar.

Un échelon plus bas, il s’agira de personnes qui sont encore de ce monde. On remonte dans la sphère des convenances, car le spectre du jugement réapparaît. Certains nommeront Barak Obama. D’autres le pape. Les plus cyniques diront Trump.

Plus bas encore, on arrive au niveau local, voire personnel. L’admiration se porte vers des personnes inconnues ailleurs que dans le petit monde qui nous entoure. On admire tel sportif, tel entrepreneur, telle ministre, telle actrice.

Plus bas encore ?

Moi, j’admire la serveuse du restaurant du coin qui tous les matins affiche son plus beau sourire pour servir un café et plus encore un grand bol de bonne humeur à cette travailleuse du textile qui comme elle gagne le minimum permis sans possibilités d’avancement. Ni en salaire, ni en responsabilités, ni même en considération. J’admire sa bienveillance à l’égard de ses semblables, sa solidarité, son engagement à faire en sorte que tous ses clients soient considérés sans égard à leur rang social, sachant que le rôle qu’ils jouent dans la société n’a aucun lien avec leur droit de commencer la journée avec son sourire contagieux.

J’admire celui qui accompagne son petit frère à l’école et qui lui dit, en le tenant par la main, de ne pas en vouloir à leur mère qui l’a grondé sans raison apparente, qui tente de lui expliquer ce qu’elle vit et qu’il est trop jeune pour comprendre. J’admire sa sensibilité, sa douceur, sa solidarité, sa volonté d’apaisement.

L’admiration pour « les grands de ce monde » est adulation. Elle procède d’une réflexion. L’admiration pour « les « petits de ce monde » est tendresse. Rien n’est réfléchi : c’est une chose que l’on ressent, profondément, et qui nous permet de côtoyer quotidiennement des personnes exceptionnelles. Pour peu qu’on les reconnaisse, qu’on les observe, qu’on les considère pour ce qu’elles sont et non comme des serveuses de restaurant ou de simples enfants qui marchent vers l’école.

Leur anonymat est d’ailleurs ce qui contribue le plus à l’admiration que j’ai pour elles. Elles ne demandent pas à être connues, adulées. D’ailleurs, je suis certain que Gandhi, Einstein, Beethoven, Picasso et Mère Thérésa les regarderaient du même œil admiratif que moi. Avec tendresse, conscients qu’elles font partie des « grands » humanistes de ce monde.

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