Vivre et mourir en ce début de jour (Nicole Gravel)

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Le jour se lève plus brillant que jamais
Aussi brillant, aussi éclatant déchirant que celui du jour du premier au dernier baiser
Moments intimes où le corps exulte en successives marées soulevantes
Harponné en cet instant final, prisonnier du filet, que peut-on espérer?

Au jour de ce premier et dernier souffle
Quand on s’en va, on se laisse.
Couper le cordon de son ventre à sa naissance et à la fin de sa vie, à cet amas de chair.

Auréole, notre corps de suspensions de nos dérives
Poussières enchevêtrées du dépôt de nos semences

Puis, ce soupir d’une brume qui se dilue
J’étais, je ne suis plus que je dis quand je suis encore là.

Hélas! que sera-t-il lorsque mon corps ou mon cœur se largueront silencieusement
C’est donc si difficile de mourir, et à la fois, de ce côté si insignifiant ce trépas.

On a beau s’y frotter jusqu’à l’usure, l’épuisement, l’agonie
Quand on s’en va, on se laisse.

Rien, ni personne ne peut rien
Même la mère de notre naissance sans plus n’y pourra
Que dire du père qui même de ses durs bras ne peut retenir.

Le crépuscule éclate d’un rouge écarlate
Le sang de ma vie en battements saccadés file hors de moi
Visage plus pâle que la lune agonisante, froid sidéral qui glace les entrailles
Brutale agonie suivi sans avis du trépas du petit matin.

J’emprunte ce passage serré inéluctable qui dictera la suite…
Suite d’apparence sans suite comme si soudain le sens s’épaississait
Chimères, imaginaires, frontières me targuent d’ici à là-bas

Chemin des déroutes tournures aux larmes pour les restants
Les sentiments ont-ils un fond, comme un fond marin.
Cascades des babillages au gouffre à s’y perdre
Ronces d’espoir saut de l’ange.

Rivés témoins succèdent les secondes
Sa main dans la mienne, la sienne dans la mienne, elle s’en va.
Le suaire sur sa robe de noce, orchidées, le jonc au doigt, elle est en gare pour l’éternité
Son âme dans tout ça s’offre une rampe de lancement vers cet éternel
Alors que la mienne, les nôtres en requiem se meurent d’elle.

Ces vestiges ces monuments lourds chargés de prières et de fleurs aussi mourantes
Où suis- je, qui suis-je, une fois tous ces tournants et mouvements immobiles
Comme la vallée du temps, des tic tacs, plus rien du connu.
Tout s’étiole.

Violons jouent sous la voûte de mes étoiles
Leurs sons, des notes insensibles aux tympans, seul vainqueur que les cris des cœurs
Chimères, imaginaires, frontières s’étiolent.
Il faut bien l’admettre : le je suis que j’étais, n’existe plus.

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