Citronnelle à la ferme

Garnet était à mi-chemin entre neuf et dix ans. Elle avait de longues jambes et de longs bras, deux nattes rouquines, des taches de rousseur sur son nez en trompette, et des yeux qui étaient presque verts, presque marrons. Elle portait une salopette bleue, coupée au dessus du genou. Elle savait siffler entre ses dents comme un garçon et le faisait maintenant, très doucement, sans y penser. Elle avait tout oublié de sa colère contre le ciel.

Sous leur grands sapins noirs, la ferme des Hauser reposait solidement, comme endormie dans le virage que prenait la route. Il y avait un lit de sauge rouge brûlante sur la pelouse, et le tracteur et la moissonneuse batteuse se tenaient côte à côte dans l’ombre, en monstres amicaux. De l’autre côté de la route, les cochons des Hauser dormaient profondément, soufflant bruyamment dans leur abri. « Gros paresseux » dit Garnet, et elle jeta un caillou au plus gros des porcs, qui grogna de manière horrible et s’affaissa sur ses pattes. Mais Garnet se contenta de lui rire au groin ; la clôture les séparait.

Derrière elle une porte moustiquaire vibra en se fermant, et Citronnelle Hauser descendit les marches de sa maison, agitant un chiffon en guise d’éventail. C’était une petite fille grasse, aux joues rouges et à l’épaisse frange jaune.

« Approche ! » cria-t-elle à Garnet. « Quelle chaleur ! Tu vas où ? »

« Chercher le courrier » dit Garnet. « On ira peut-être se baigner » ajouta-t-elle gentiment.

Mais non, Citronnelle devait aider sa mère pour le repassage. « Une bien belle chose à faire par un jour pareil » dit-elle, plutôt de mauvaise humeur. « Je te parie que je vais fondre sur le sol de la cuisine comme une livre et demie de beurre ».

Garnet eut un petit rire à cette image et reprit son chemin.

« Attends un instant » dit Citronnelle, « je ferais bien d’aller voir s’il y a du courrier pour nous aussi. »

Tandis qu’elle marchait, elle faisait plusieurs choses avec le chiffon. D’abord, elle s’en drapa la tête comme un châle, puis elle le noua autour de sa taille mais c’était trop serré, et il termina rentré à l’arrière de sa ceinture, pendant comme une traîne.

« Les jours comme ça » remarqua Citronnelle, « j’aimerais trouver une cascade quelque part. Une qui verserait de la limonade au lieu de l’eau. Je m’assiérais dessous toute la journée, bouche ouverte. »

— Extrait de « Thimble Summer » d’Elizabeth Enright, traduit de l’anglais (US) par Perrine Andrieux. —

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